Les crises de l’après-crise

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Un nouvel article des Echos, par M.J.STIGLITZ : http://www.lesechos.fr/opinions/chroniques/0202485525575-les-crises-de-l-apres-crise-527096.php je me permets de mettre en gras les éléments majeurs de l’article ( pour moi) afin de faciliter une lecture rapide de l’article, mais l’auteur mérite de prendre le temps de tout lire… Joseph Stiglitz  est prix Nobel d’économie et professeur à l’université Columbia à New York.Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate, 2013
Par Joseph Stiglitz | 10/01 | 07:00 | 4 commentaires

En 2012, la crise de l’euro et le « mur budgétaire américain » ont fait passer au second plan des périls bien plus grands : le réchauffement climatique, le déséquilibre des échanges mondiaux et l’accroissement des inégalités.

La crise de l’euro et le « mur budgétaire » (« fiscal cliff » ) américain ont un temps éclipsé les problèmes à long terme qui pèsent sur l’économie mondiale. Mais ceux-ci continuent à s’aggraver, et c’est à nos risques et périls que nous les négligeons. La menace la plus grave est le réchauffement climatique. Les mauvais résultats de l’économie mondiale ont conduit à un ralentissement de l’augmentation des émissions de carbone, mais ce répit ne sera que de courte durée. Il faudra beaucoup d’efforts pour parvenir au modeste objectif d’une hausse limitée à 2 °C de la température moyenne de la planète. Certains observateurs estiment que, en raison du ralentissement de l’économie, le réchauffement climatique doit passer à l’arrière-plan. Pourtant, l’adaptation de l’économie mondiale au réchauffement favoriserait la restauration de la demande et le retour de la croissance.

Le rythme du progrès technique et de la mondialisation appelle lui aussi à des changements structurels rapides, tant dans les pays en développement que dans les pays émergents. Ces changements peuvent être traumatisants, et les marchés ont souvent de la difficulté à y faire face.

De même que la Grande Dépression était liée aux difficultés d’évolution d’une économie rurale et agricole vers une économie urbaine et industrielle, les problèmes d’aujourd’hui tiennent en partie à la nécessité d’évoluer de l’industrie vers les services. Il faut créer de nouvelles entreprises, or les marchés financiers modernes sont plus enclins à spéculer et à gagner de l’argent rapidement qu’à financer de nouvelles entreprises, notamment des PME.
Cette transition vers les services suppose des investissements en capital humain. Il faudra notamment améliorer la santé et l’éducation, deux secteurs dans lesquels l’Etat joue naturellement un rôle important, en raison des imperfections inhérentes aux marchés et des préoccupations de justice sociale.
Avant la crise de 2008, on parlait beaucoup des déséquilibres mondiaux et de la nécessité pour les pays en excédent commercial, comme l’Allemagne et la Chine, d’accroître leur consommation. Ces problèmes n’ont pas disparu ; l’absence de mesures efficaces de l’Allemagne pour réduire son excédent commercial joue un rôle non négligeable dans la crise de l’euro. L’excédent de la Chine (mesuré en proportion de son PIB) a diminué, mais les conséquences à long terme restent à voir.
Le déficit commercial des Etats-Unis ne disparaîtra pas sans une hausse de l’épargne intérieure et une réforme bien plus fondamentale du système monétaire international.
Enfin, il y a une crise mondiale de l’inégalité. Non seulement les bénéfices tirés de l’économie vont surtout vers les plus riches, mais la classe moyenne est quasiment devenue une laissée-pour-compte de la croissance, tandis que la pauvreté augmente dans de nombreux pays.
La « Grande Récession » a exacerbé ces tendances, mais elles étaient apparentes bien avant. Moi-même et d’autres avions dit que l’accroissement des inégalités résultait en partie du remaniement qui affecte l’économie mondiale, et que c’est l’une des causes de son ralentissement.
Un système économique et politique qui ne bénéficie pas à la grande majorité de la population n’est pas durable. La foi dans la démocratie et dans l’économie de marché va finir par s’éroder, et la légitimité des institutions existantes et du système en place va être remise en question.
Le fait que l’écart entre les pays émergents et avancés ait fortement diminué depuis trente ans est une bonne chose. Néanmoins, des centaines de millions de personnes restent dans la pauvreté et le fossé entre les pays les moins développés et les autres n’a guère diminué.
Cela est dû au moins partiellement à des accords commerciaux inéquitables (notamment concernant le maintien de subventions agricoles injustifiables, qui poussent les prix à la baisse et affectent les revenus de beaucoup de personnes pauvres). Les pays développés n’ont tenu ni leur engagement fait à Doha en novembre 2001 de créer un régime commercial favorable au développement, ni celui fait au sommet du G8 à Gleneagles en 2005 d’augmenter de manière importante leur aide aux pays pauvres.
Le marché ne résoudra pas ces problèmes de lui-même. Pour accomplir les réformes structurelles, dont le monde a besoin, les Etats doivent prendre davantage d’initiatives, même si les appels en faveur d’une réduction des dépenses se font de plus en plus pressants en Europe et aux Etats-Unis.
Alors que nous nous débattons avec les crises du moment, demandons-nous si notre réponse pour y faire face n’aggrave pas les problèmes à long terme. La politique prônée par les partisans de l’austérité affaiblit l’économie et mine les perspectives d’avenir. Le paradoxe de la situation est que la faiblesse de la demande, cause majeure du ralentissement de l’économie mondiale, suggère une voie : investir pour l’avenir en s’attaquant simultanément au problème du réchauffement climatique et à celui des inégalités et de la pauvreté au niveau planétaire.
Joseph Stiglitz

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